Séances d’accompagnement en danse thérapie : témoignage d’une stagiaire de Per Se Nota©
Ces séances d’accompagnement en danse-thérapie, M. V. les a vécues de l’intérieur — en tant que stagiaire en formation chez Per Se Nota©. Elle nous livre ici un récit authentique de quatre interventions auprès d’élèves de collège, entre méditation guidée, improvisation et création chorégraphique.
Se lancer pour la première fois en danse-thérapie, c’est entrer dans un espace où tout ce qu’on a appris en formation doit soudainement se traduire en présence, en écoute, en improvisation. C’est ce passage du studio à la réalité du terrain que M. V., actuellement en formation danse thérapie chez Per Se Nota©, a accepté de nous partager à travers ce récit.
Son contexte : intervenir auprès d’élèves de collège, dans le cadre d’ateliers de danse autour de l’expression des émotions, en binôme avec un professeur d’EPS au profil bien différent du sien. Quatre séances, quatre expériences distinctes — et une évolution sensible, tant du côté des enfants que de la praticienne elle-même.
Ce témoignage dit quelque chose d’essentiel sur la pratique de la danse-thérapie : ce n’est pas une méthode qu’on applique, c’est une posture qu’on habite, séance après séance, en ajustant, en osant, en s’affirmant. Nous vous laissons découvrir son récit, dans ses propres mots.
Partage d’expérience — M. V.
Dans le cadre des ateliers de danse au collège, je fus sollicitée pour accompagner un professeur d’EPS afin d’animer des séances de danse pour des élèves de 12 ans. Comme le thème était « exprimer ses émotions », je fus vivement intéressée et inspirée. Ce fut pour moi un petit challenge : d’une part, il s’agissait d’un groupe de 25 élèves, et d’autre part, le professeur était un homme très charismatique et directif.
Première séance — la méditation comme point de départ
Pour ce premier cours, il m’a demandé de proposer un échauffement sous forme de méditation, dont le but était de ressentir une émotion ou de conscientiser un état intérieur, pour le traduire ensuite en mouvement. Sachant que je ne maîtrise pas bien la méditation, j’ai stressé en amont — d’autant que le public était jeune et certainement peu expérimenté pour la plupart.
J’avais préparé un texte appris par cœur, que finalement je n’ai pas trop suivi. Je fus agréablement surprise de constater que la majorité était réceptive. J’ai invité les enfants à poser une main sur leur ventre pour prendre conscience des mouvements liés à leur respiration, puis je les ai guidés à travers les couleurs pour voyager dans leur corps en douceur et de manière imagée.
Un moment délicat : la réaction du professeur face à deux élèves qui riaient nerveusement — il leur demanda fermement de se mettre de dos. Je me suis permis de leur parler discrètement pour les réintégrer dans le groupe, à condition qu’elles respectent leurs camarades. Ce qu’elles firent. Le professeur reconnut que cette approche fut bénéfique, bien qu’il n’aurait pas agi ainsi.
À l’issue de la séance, j’ai demandé aux enfants si une image leur était venue pendant la méditation. Plusieurs se sont exprimés, dont trois m’ont particulièrement touchée : « Je me suis vue petite, bercée dans les bras de ma maman », « Je me voyais sauter sur mon lit en rigolant », « Je caressais mon chat ». J’ai pu leur faire prendre conscience que ces images étaient une ressource précieuse — qu’ils pourraient y revenir en cas de stress pour se recentrer et mieux gérer leurs émotions.
Je suis sortie de cette séance contente d’avoir tenu la méditation, mais frustrée de n’avoir pu faire danser les enfants.
Deuxième séance — s’affirmer et laisser le corps parler
Pour cette séance, je me suis risquée à m’affirmer davantage. Le professeur souhaitait sensibiliser les enfants par le biais d’images : j’avais apporté des photos de peintures et d’œuvres d’art. Chaque enfant choisissait une image pour s’en inspirer, puis nous avons travaillé en petits groupes avec des exercices de miroir et de question-réponse.
Afin de préserver la confidentialité émotionnelle de chacun, j’ai demandé aux élèves de me glisser en privé un mot en lien avec leur image. Je disais ensuite ces mots à voix haute, et tous dansaient le mot ensemble — sans que l’on sache à qui il appartenait. Ce fonctionnement a libéré les corps : même les élèves les plus réservés se sont pris au jeu.
Nous avons aussi travaillé sur le ressenti par le dessin : chaque enfant dessinait rapidement ce qu’il avait ressenti, puis échangeait son dessin avec un binôme. L’exercice consistait à dire ce que le dessin de l’autre évoquait — non pas à le juger, mais à y projeter sa propre sensibilité. Puis chaque groupe a créé une danse en cercle, chacun proposant à tour de rôle un mouvement repris par tous.
Troisième séance — danser dehors, se connecter à l’espace
Pour cette séance en extérieur, le professeur m’a confié la préparation de A à Z. J’ai choisi un lieu paisible avec pelouse, arbres et escaliers — un espace qui permettait à la fois de se connecter à la nature et d’utiliser les différentes architectures pour créer.
La séance a débuté par un moment de concentration intérieure : yeux fermés, respiration profonde, puis écoute de ce que le vent ou le chant des oiseaux pouvait faire résonner dans le corps. Les enfants se sont mis en mouvement progressivement, portés par la nature elle-même comme playlist.
J’ai ensuite proposé un exercice sur la notion de « place » dans un groupe : par équipe de 5 ou 6, chaque enfant (numéroté) venait tour à tour prendre une position dans l’espace, en lien avec celle du précédent sans le toucher, jusqu’à former une sculpture vivante collective. Puis le premier se déplaçait à nouveau, entraînant une nouvelle recomposition du groupe.
Ce qui m’a le plus émue : certains enfants ont dit avoir l’impression que leurs corps formaient une sculpture qui se mettait en mouvement pour prendre une autre forme ailleurs. Cette capacité à percevoir leur propre expression corporelle collective m’a profondément touchée.
Quatrième séance — créer ensemble une chorégraphie
Pour cette dernière séance, le professeur m’a demandé de créer un petit fragment chorégraphié, destiné à servir de refrain entre des improvisations réalisées tout au long du trimestre. J’ai choisi une musique entraînante et des mouvements simples, faciles à mémoriser.
J’ai commencé par montrer trois pas de base, répétés plusieurs fois et ajustés au niveau de chacun. Placée face aux différentes lignes (les 25 élèves répartis en 4 rangées), j’ai guidé le groupe en comptant le rythme et en leur faisant repérer un accent musical pour partir ensemble. Les enfants se sont montrés enthousiastes et fiers du résultat.
La séance s’est terminée en beauté : les enfants ont dansé librement sur I’m So Excited des Pointer Sisters. Une ambiance festive, collective, joyeuse — exactement ce que la danse peut apporter.
Ce que cette expérience m’a appris
Je suis plutôt ravie de cette expérience auprès d’enfants. Même si le but n’était pas thérapeutique à proprement parler, j’ai pu observer une évolution réelle : certains élèves, très en retrait au début, se sont révélés de plus en plus participants au fil des séances.
J’ai également beaucoup échangé avec le professeur sur nos approches différentes — notamment sur la notion de consentement dans le contact physique, que j’ai défendue avec conviction. Cela m’a permis de gagner en confiance et de valider quelque chose d’important : la méthode apprise en formation Per Se Nota© fonctionne. Elle s’adapte, elle invite, elle transforme — même là où on ne l’attendait pas.
Témoignage recueilli dans le cadre de la Formation Danse Thérapie Per Se Nota© — Studio Bièvre, Paris.
Publié avec l’accord de l’auteure, dont l’identité est préservée à sa demande.
Projets & Publications / Roxane R.
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